Les maladies allergiques représentent un enjeu croissant pour les systèmes de santé et la qualité de vie des populations, constituant aujourd’hui un défi majeur de santé publique à l’échelle mondiale. Selon la Plateforme mondiale des patients allergiques et respiratoires, 20 à 30 % de la population mondiale souffre d’au moins une affection allergique. Les rapports de l’OMS prévoient que cette proportion pourrait atteindre 50 % d’ici 2050, faisant des maladies allergiques un problème de santé publique de plus en plus préoccupant.
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Cette augmentation s’explique par plusieurs facteurs, notamment l’évolution des habitudes alimentaires, l’exposition accrue aux allergènes dans l’environnement et l’hypothèse hygiéniste, selon laquelle un mode de vie trop aseptisé pourrait limiter le développement d’une tolérance immunitaire. Parallèlement, la sensibilisation croissante des consommateurs a entraîné une demande accrue de transparence et de contrôle des allergènes dans les secteurs agroalimentaires, cosmétique et pharmaceutique. Cependant, la réglementation en matière d’allergènes reste insuffisamment développée comparée à celle des agents pathogènes, posant ainsi des défis majeurs aux industriels et aux consommateurs.
Comprendre la situation actuelle
Pour mieux comprendre la situation actuelle et les enjeux à venir, j’ai rencontré Pascale Couratier, qui a d'abord exercé en tant que présidente de l'Association Française pour la Prévention des Allergies (AFPRAL) pendant 10 ans avant d'en devenir la directrice générale. Diplômée en "Santé respiratoire et habitat" et conseillère médicale en environnement intérieur (CMEI), Pascale Couratier anime régulièrement des conférences et participe à des tables rondes pour partager son expertise sur les allergies et les réactions sévères qu’elles peuvent provoquer.
Sous sa direction, l’AFPRAL a multiplié les initiatives pour renforcer la sécurité des personnes allergiques, notamment à travers des collaborations avec l’industrie agroalimentaire et le développement d’outils comme l’application Allergobox, destinée à améliorer l’information sur les allergènes. Malgré des avancées significatives ces dernières années, elle souligne que de nombreux efforts restent à accomplir pour garantir une protection optimale des consommateurs.

Le défi de la règlementation des allergènes
Contrairement aux agents pathogènes, la réglementation sur les allergènes dans les produits manufacturés reste limitée. Pascale Couratier explique ce retard par « la reconnaissance tardive des allergies comme un enjeu de santé publique, survenue il y a seulement une vingtaine d’années ».
La première réglementation en matière d’étiquetage des allergènes date de 2003 avec la Directive 2003/89/EC, qui impose l’affichage des allergènes sur les denrées alimentaires préemballées. Entrée en vigueur en novembre 2005, cette réglementation a évolué au fil des années. Et ce n’est qu’en 2015 qu’elle a été étendue aux aliments non préemballés, touchant ainsi les métiers de bouche, la restauration, les cantines et les traiteurs.
Bien que l’étiquetage actuel constitue une avancée en obligeant les industriels à mentionner clairement et visiblement les allergènes, il demeure insuffisant pour garantir une protection optimale des personnes allergiques. Comme le souligne Pascale Couratier, cette insuffisance résulte de plusieurs lacunes, notamment « l’absence de standardisation des mentions de traces et des seuils trop imprécis ». Elle insiste également sur la nécessité « d’une prise de conscience des industriels quant aux enjeux de santé publique liés aux allergies ». Ces constats constituent des pistes d’amélioration essentielles pour renforcer la transparence et mieux protéger les consommateurs allergiques.
Les lacunes des secteurs cosmétique et pharmaceutique
Dans le secteur cosmétique, il n’existe pas de réglementation stricte imposant une déclaration systématique des allergènes, ce qui complique l’identification des produits à risque pour les consommateurs. Cependant, une évolution récente a vu le jour avec la Règlementation 2023/1545 du 26 juillet 2023, qui a ajouté 56 nouvelles substances à la liste des allergènes devant être mentionnés sur les produits cosmétiques, portant le total à 80 substances. Bien que cette obligation, qui entrera en vigueur en 2026, constitue un progrès, elle reste non exhaustive et ne couvre pas l’ensemble des allergènes potentiels.
Dans le secteur pharmaceutique, aucune réglementation spécifique n’impose une déclaration systématique des allergènes sur les étiquettes des édicaments. Cependant, les fabricants sont tenus de fournir des informations sur les excipients à effet notoire (substances pouvant causer des réactions indésirables) dans la notice du médicament.
Une harmonisation de l’information entre ces trois secteurs permettrait une meilleure transparence pour le consommateur.
"Il ne s’agit pas de restreindre les industriels, mais plutôt de garantir une information claire, complète et accessible afin que chacun puisse faire des choix éclairés. » - Pascale Couratier
Nécessité d'une règlementation plus claire et cohérente
En conclusion, face à l’augmentation des allergies, il est urgent de renforcer la surveillance des allergènes et d’améliorer la réglementation.
« La définition de seuils clairs, la mise à jour régulière des listes d’allergènes prioritaires et une harmonisation des règles d’étiquetage entre les différents secteurs sont autant de mesures nécessaires pour mieux protéger les personnes allergiques. » - Pascale Couratier
Enfin, l’engagement d’associations comme l’AFPRAL montre que des solutions existent, à condition que les industriels, les institutions et les consommateurs travaillent ensemble pour relever ce défi de santé publique.
